Ce fût là bas, tout au Nord où la nuit dure six mois, que nous allâmes trainer nos crampons par cette rude soirée de janvier. Point de corons ou de beffrois mais un froid qui faisait pendre des stalactites aux poils des mollets. Des pingouins (ou bien étaient-ce des manchots ?) s’ébattaient dans le Lez et le froid était ci mordant que l’on ne pouvait distinguer chez ces majestueux oiseaux les femelles des males tant les testicules de ces derniers étaient rétractées pour échapper au frimas de la saison.
Informés par un documentaire animalier à propos des manchots empereurs de l’attitude de survie à adopter sous ces latitudes, nous fîmes blocs au milieu du parking du stade, formant un bloc ou par rotation circulaire chacun offrait tour à tour son dos au blizzard local. Au final ce fût une expérience d’échauffement, où nos trois quarts se mirent en condition pour leurs passes de manchots qui régalent le spectateur le moins goguenard et nos avants renforcèrent une solidarité qui s’arrête net quand il ne reste plus que le contenu d’un verre dans le fût de bière.
Après quelque dizaines de minutes qui semblèrent durer un hiver, les portes d’un vestiaire douillet s’entrouvrirent à nos harpions engourdis qui ne se comptaient que 150, le groin du goret s’étant sûrement perdu à la recherche de quelque gland (dramatique exemple de cannibalisme. ndlr).

L’effectif restreint fit que les ailiers d’hier étaient les piliers d’aujourd’hui (le premier qui dit que c’est parce qu’ils ont grossis prend ma main sur la gueule… quoique pour le pilier droit…la question puisse être légitimement posée). Le résultat fût que comparativement, notre pack semblait avoir été exclusivement nourris de poisson cru alors de que celui des Tamaloups semblait visiblement plus porté vers le cassoulet et la potée auvergnate (ou la graisse de phoques chassées dans les trous de glace de la source du Lez… ?). Fort heureusement, le pack ayant incorporés aussi des trois-quarts centre, le déficit de poids du pack fût largement compensé par une plus faible probabilité d’en avants dans la ligne de trois-quarts, d’autant plus que le goret était toujours absent au coup de sifflet.

Les tactiques de chacun furent claires dès l’entame du match. Pour les Tamaloups se fut ballons portés à gogo avec tortues alors que côté Titons le jeu vers les extérieurs fût l’axe d’avancée. Il faut bien reconnaître que désavantagés par nos gabarits de porte-manteaux et organisés comme Orly sous la neige, notre pack recula maintes fois même s’il ne céda qu’une seule fois pour un essaie en force des Tamaloups. Un autre désavantage fût le terrain car nous ne comprimes jamais que bien que pelousé il pouvait aussi servir de piscine à plongeon ce que les locaux n’ignoraient point et exploitèrent maintes fois au moindre regroupement.
Inversement, nos trois-quarts virevoltants avaient pris le dessus sur leurs homologues et sur leur attaques firent fondre la neige des prairies du grand large autant qu’en défense ils provoquèrent les en avants de adversaires (ce dernier point tient peut être aussi de leur haleine chargée).
Tout ces en avants permirent à notre talonneur du jour de parfaire, avec une morgue et une fierté assumée, toutes les formes de talonnages répertoriés dans « La bible du mangeur de couenne et autres cartilages auriculaires »: talonnage avec effet retro, talonnage pour trajectoire en zigzag, talonnage dans son propre pied d’appuis (d’où la nécessité de protèges tibias à ce poste), talonnage avec effet ralenti… tout y est passé et c’est une perte pour l’humanité entière que toute cette science ne fût pas filmée pour les générations futures.
Toujours au registre des en avants, notre grand toupien devant l’éternel eu son moment de (petite) gloire. En effet, après avoir passé en revue la défense adverse et alors qu’il ne lui restait plus qu’à gérer un dernier 2 contre 1 ou même Alan aurait fait une passe, il laissa échapper le ballon vers les étendues vides et dépeuplées qui lui faisaient face.
Les conjectures sont nombreuses pour décrypter ce geste incongru et même si les plus hautes autorités vétérinaires se penchent encore sur ce cas, trois hypothèses se disputent pour en expliquer la genèse :
- Selon l’intéressé (et là je traduis directement du bas vendéo-créssois ce qui peut porter à interprétation tant ces peuplades on plus l’habitude de s’exprimer par flatulences que vocalement) « Heu…non….en fait je suis arrivé sur lui… (une gorgée de bière pour réveiller le troisième neurone à gauche au fond du couloir) j’ai essayé de changer le ballon de bras pour aller le percuter et là le ballon a glissé. » Malgré le peu de crédit accordé à cet individu qui nous rackette régulièrement, il faut bien reconnaître que ce témoignage cadre tout à fait avec un lourd passif de coffre à ballons ; il est tout à fait vraisemblable qu’après une remarquable action où la dernière chose à faire était de percuter le dernier défenseur, c’est ce qu’il décida de faire.
- Le MidOl semble accréditer la thèse de l’accident psycho-technico-tactique : alors que contre toute logique, notre valeureux numéro quatre s’apprêtait à mettre un tampon au dernier défenseur, son neurone atrophié de la passe, réveillé par celui non moins malingre du sens tactique, fût pris d’un tremblement si inattendu que les doigts gourds lâchèrent le cuir.
- La dernière hypothèse mais pas la moins plausible est que habitué, pendant les entraînements, à faire la toupie toute les deux minutes, le cerveau, où du moins le système nerveux central (dont l’existence est plus avérée) de Vonvon fut désorienté par une course droite de plus de 10 mètres.
Nous mettrons un voile pudique sur cette sombre action car son auteur, par un acte de contrition qui ne lui est pas habituelle, s’éclata le pif pour faire pénitence.

Les boulets étant chez nous harmonieusement répartis entre avants et arrières, je me vois obligé, bien qu’à contre cœur, d’évoquer le cas du Goret, qui, arrivé tout frais de ses contrées quasi-gardoises trouva une nouvelle manière de faire des en avants. Placé sur l’aile de nos attaques, il lui était impossible de faire la passe en avant vu qu’il était le dernier de la ligne ; aussi s’ingénia-t-il à attaquer le plus à plat possible pour forcer son centre à faire l’en avant. On n’arrête pas le progrès technique !

Le dernier cas pathologique à évoquer me coûte d’autant plus que le respect le plus élémentaire des bonnes mœurs et la haute tenue intellectuelle de ce blog devraient porter votre serviteur à une retenue de bon aloi concernant un gibier de potence à barbichette qui ternie régulièrement le nom de notre équipe. Cependant un scandale tant répété doit être dénoncé et l’amitié ne doit pas retenir le bras de la vérité. Matchs après matchs, saisons après saisons, le crime se perpétue en toute impunité et les victimes s’amoncellent pas centaines, frappées au cœur de ce qu’elles considèrent comme la base de notre beau sport. Camarades, je vous supplie ; au nom du rugby et au nom des centaines d’ailiers et arrières spoliés des ballons d’essais tout faits, il faut lier les bras du rouquin à barbichette pour qu’il arrête de faire ces espèces de passes flottantes à vrilles sur axe variable et trajectoires aléatoires… qui maintenant sont, de plus, en avant !!. Nul besoins de trucider cet individu louche car ne s’étant reproduit qu’au féminin, on peut légitimement espérer que son geste s’éteindra avec son auteur dépravé. Je tiens aussi à profiter que la parole me soit laissé pour informer sa famille, et en particulier son épouse, que je ne peux être qu’étranger à tout trouble de l’ordre public ou toute atteinte à la morale qu’il aurait pu commettre lors de la quatrième mi-temps.

Malgré les boulets précédemment évoqués, je suis sûr que la majorité de l’équipe sera derrière l’auteur de ces lignes pour reconnaitre que les 11 autres joueurs de l’équipe furent exceptionnellement bons ; sinon, comment expliquer notre victoire face à une équipe du Pic valeureuse et incisive alors que Ronan, sans doute envouté (vu qu’il était encore à jeun), faisait même annuler un essai en notre faveur en faisant remarque à l’arbitre tamaloupien un passage en touche de notre nouvel ailier.
L’après matchs commença par un sympathique apéro au pied des vestiaires ; après quoi nous rejoignîmes au bourg de St Gely une sympathique pizzeria où nous pûmes nous requinquer par des portions gargantuesques de lasagnes. Le dessert, du tiramisu, fût l’occasion pour notre trésorier de rappeler les sous-entendus scatologiques dont il truffa un précédent compte-rendu de match (Lunel, ndlr).
Le repas vira très vite à l’étalage d’anecdotes passées lors de précédents déplacements. Autant le bon goût que l’envie de ne point choquer les lecteurs les plus avertis m’interdisent ici de m’appesantir sur ces exploits et c’est la conscience claire qu’il faut terminer ce compte rendu en remerciant les Tamaloups pour leur accueil qui fût d’autant plus chaleureux que l’air était froid.

Message perso du trésorier : Daniel, on ne t’as pas vu mais tu ne perds rien pour attendre : compte tes doigts tant que tu en as encore dix.


Le Lomu Blanc